Son genre ?
Le jeune homme leva les yeux au plafond en esquissant un sourire un peu canaille. Coureur peu farouche, un brin dépravé, il suffisait souvent à l'anglais d'un peu de classe cavalière et de l'attrait libertin du défi, du non-conventionnel et de l'interdit, pour qu'il se laisse aller au péché. Duncan aimait l'arrogance de la beauté trop assumée, l'indifférence féroce d'une oie blanche et le verbe conquérant du séducteur assumé ; et ce presque autant que l'appel éhonté d'une hanche qui tangue ou d'une paire de jambes bien fuselées. Mais il ne pouvait vraisemblablement pas exposer cet état de fait à la bonne morale de l'adolescente - quoiqu'elle semblait elle-même plutôt louche au vu de son histoire pas très nette avec l'autre télépathe.
Cela dit, la jeune fille n'avait pas réellement tort.
Duncan énamouré sonnait comme un affreux contresens. S'il avait connu la passion, elle avait été brève et changeante, insaisissable et rien moins qu'immortelle. La seule personne qui aurait pu prétendre à l'amour sans condition de l'anglais n'était plus de ce monde et il était à peu près certain que ce dernier n'en avait même jamais eu conscience. Et cela excepté, si Duncan pouvait facilement s'enticher d'un parfait inconnu, il n'avait encore jamais soupiré amoureusement après quiconque.
"Tu es indiscrète et indécente, Tsipo-chou." badina-t-il.
Il suivit quelques instants du regard le dos rougeoyant de la demoiselle qui s'en était allé chercher sa commande. Puis, désinvolte, il jeta un vague regard circulaire à ses camarades de beuverie - apathiques - avant de piocher une nouvelle cigarette dans le paquet ouvert aux quatre vents de son voisin dealer. Avec quelques difficultés - son briquet en rade de gaz commençait à fatiguer - Duncan s'évertuait à souffler sur l'extrémité de sa clope mal allumée quand l'adolescente revint.
Le jeune homme sourit au verre à cocktail écarlate et luisant que la serveuse déposa sur le comptoir. Avant de déchanter devant l'absence d'ombrelle colorée et le mensonge oiseux que lui servit la furie rousse. Il
voulait un petit parapluie.
Bordel.
Boudeur, Duncan piocha la paille mâchouillée qu'il avait abandonnée précédemment dans son verre de gin et entreprit de lui rendre une forme acceptable, à coup de dent. Ce fut l'instant que choisit Tsipora pour se pencher à son oreille, son épaisse chevelure rouge lui chatouillant le cou.
Le brun serra les dents et dû sérieusement se retenir pour ne pas choper le système nerveux du petit brin de femme qui se risquait à ces basses provocations. L'envie de lui faire
mal le démangea et seule la présence de spectateurs et un reste de manières civilisées retinrent son esprit belliqueux. Posant une main possessive sur la hanche de sa collègue confrériste, il attira un peu plus à lui l’insolente adolescente.
"Ça te ferait bien trop plaisir, fillette." Lui susurra-t-il, ses lèvres frôlant son lobe.
Puis, soufflant dans le creux de son oreille, taquin, Duncan rejeta sa tête en arrière et tira sur sa cigarette. Bien qu'ils n'aient eu que peu de contacts depuis leur première rencontre il y avait un mois de cela, Duncan n'avait pas manqué d'intercepter quelques informations intéressantes sur le compte de la furie. Et il n'ignorait plus grand-chose de son pouvoir de guérison. Aussi pouvait-il apprécier à sa juste valeur la bassesse des allusions de Tsipora.
La
garce.
Sautant du coq à l’âne – il ne faudrait tout de même pas avoir encore un peu plus l’air de souffrir – Duncan ajouta, narquois :
"Aufaite, comment va ta copine la grenouille tatouée ?"-->
[Jour de l'An] Les tables_________________
Ne vous fiez pas à vos sens...
Ils ne sont que le reflet de mon
imagination.