Le Saturday
Le dernier bar à la mode avait emménagé dans une vieille église en pierre de taille grise. La particularité de la grande bâtisse était d’avoir été construite en voûtes romanes, elle était circulaire, une grande rotonde sans fenêtre. Le toit était une improbable coupole de verre translucide couleur d’ambre, et un beffroi branlant surplombait le tout, une tour au toit pointu. C’était une église sans fioriture, juste de fines colonnes, et les arcs boutant arrondis nés d’un autre temps. Sur la façade arrondie et sobre, au dessus du porche, l’enseigne de néon en lettres rouge sang clignotait comme un Phare dans la nuit pour les noctambules désoeuvrés...
Sur les toits, une dizaine de projecteurs éclairaient les alentours et tout en haut de la tour, des lasers amovibles crachaient leurs rayons tranchants, de vert et de bleu, tournants follement dans le ciel. Le Saturday Night était enchâssé entre les plus grandes tours d’immeubles de Boston, comme un bijou dans son écrin. La foule faisait la queue de vingt heures à deux heures du mat, et même après, quand seuls restaient les irréductibles fêtards...Une horde disparate, le bourgeois venait s’encanailler, les voyous se détendre, une paix armée régnait dans ce lieu de débauche. Et gare aux enquiquineurs de tout poil.
Au-dessus du frontispice des larges voûtes de l’entrée, une grande affiche proclamait en lettres d’or.
Nina Armako chanteuse de Soul... Tous les soirs, 21 h 00 à MINUIT...
Sa beauté faisait fureur et son étrange voix rauque rendait fou les hommes. Souvent entre les sets, ou après son spectacle, elle déambulait entre les tables le regard lointain, une panthère désabusée de la vie.
Après une heure du mat, la boite ouvrait, et les videurs à l’entrée filtrait la foule avec des regards sombres. Les lumières s’éteignaient pour le bonheur des couples qui envahissait la piste. Et la musique tonnait jusqu’au petit matin. Jusqu’à 5 heures pour les derniers irréductibles. Mais, tout au long de la soirée, chacun de penser : « Aurais-je enfin accès au Saint des Saints ? ». Toute la ville savait qu’il existait un tripot clandestin dans la crypte du Saturday... Vieilles pierres grises, voûtes basse et sombres... Mais, ceux qui détenaient la carte de ce club privé, ils n’étaient pas nombreux.
Mais, bienvenue au Saturday Night... Et peut-être aurez vous un jours vous aussi accès :