~ Songe d'un arpenteur ~
Musique d'inspirationLes songes du jeune arpenteur laissent ses plus profonds tourments ressurgir lorsque l'obscurité prend place et que le marchand de sable exécute son office. Les plus profondes noirceurs de l'âme prennent vie, et gagnent le domaine de la conscience humaine. Là où commande un être à la chair vacillante et obéissante de la simple de volonté, un nouvel être semble vouloir détrôner le maître en l'écrasant du poids de son ignominie. Rage, haine et colère vêtissent une cape aux couleurs de la nuit, laissant entrevoir un regard rouge sang et transcendant... L'ombre surgissant du sable guette sa proie errante dans l'infini de son inconscience, cherchant à la rendre plus faible à la lueur du jour.
L'esprit voguant au grès de ses rêves, ne se doute pas du cauchemar qui l'attend. Il retombe en enfance... Marchant dans une ruelle ensablée de la tempête de la veille, un silence de cimetière plane, la mort serait-elle sur la cueillette des âmes? Les sept années qui semblent faire l'expérience du petit être ne l'empêchent pas d'avancer à petit pas, les yeux grands ouverts, la lèvre mordue et les bras refermés autour du corps. Il sent le froid venir pétrifier son maigre corps enveloppés d'un simple pyjama. Un frisson vient parcourir son dos... Un sentiment oppressant tenaille son cœur, comme si l'obscurité ambiante était les yeux de créatures insoupçonnées. Le froid grignote de plus en plus son être. Ses pieds nus se mettent à geler, l'obligeant à tenir une démarche maladroite et non assurée... Malgré cela, il continue d'avancer tant bien que mal, droit devant sur la longue ruelle qui ne semblait pas avoir de fin. Pourquoi se sent-il obligé de poursuivre le chemin? Plus il avance et plus la peur emplie son cœur. L'obscurité se fait de plus en plus présente et se rend maître de chaque pas, de chaque souffle, de chaque battement de cœur. L'être apeuré est véritablement isolé et loin de tout... La chaleur de son corps le fuit comme si elle nourrissait quelque chose d'insatiable, de vorace à souhait. Elle ne se contenterait pas d'un peu, il le sait. Le regard se met à vaciller comme une flamme au bord d'une fenêtre, ses bras se resserrent encore plus autour de lui, comme s'il cherchait désespérément un peu de réconfort. Les paupières mi-closes et la tête penchée sur le chemin ensablé qui s'offrait à ses pieds, il n'a plus aucun espoir. Le danger semble trop présent contrairement à l'espoir qui se fait grignoter comme un sucre dans l'eau... Le petit garçon arpente silencieusement ce chemin de plus en plus obscur, et devient une partie de ce néant. Tous ses bons souvenirs s'envolent, ils n'ont plus aucune signification. Des êtres chers à son cœur? Il n'en avait que très peu... Leur existence serait sans doute un fardeau moins lourd sans sa présence. Lui, qui était si différent des autres et si dangereux qu’il s’effrayait lui-même, il ne voyait plus que la couleur du sang dans ses mains. Il restait toujours à l’écart de se faire des amis, ayant peur qu’un jour, leur vie ne s’enfuit par sa faute. Les choses étaient telles quelles. Rien ne changerait… Ces pensées volent dans son esprit, écrasant sa volonté ébranlée. La nuit a bien mené sa barque. Lui dressant son chemin, elle a obscurci jusqu'à sa plus petite lueur d’espoir. La bataille est perdue. L'être n’est plus qu'un damné s'enfonçant dans la brume de son propre cauchemar. Il n’a plus aucune volonté, son corps continue de marcher, il ne le contrôle plus. Le condamné se dirige sans doute vers sa propre potence. Qu’importe maintenant pour lui de sa vie, il n’y voit plus aucune nécessité.
Une silhouette se dessine dans l'épaisse atmosphère. Un regard rouge le guette, transperçant de part en part la victime toute gelée et rendue à sa propre fin. Elle s'approche lentement, toujours vêtue de sa cape nuit, qui flotte comme deux ailes noirs... Celles d’un ange ? D’un démon ? De la Mort ? Une sorte de main griffue à l'aspect même de l’obscurité des confins de l'univers, s'approche et caresse la joue du jeune garçon complètement à sa merci. Un geste d'affection ou tout simplement la saveur d'un bataille gagnée? L'enfant a son regard dénué de toute lueur de vitalité. Un simple corps, une coquille vide, un réceptacle à qui voudrait s'en emparer. Son convoiteur le tient au creux de sa main, tel un trésor attendue depuis longtemps. La cape semble se mouvoir autour d'eux... Tel un linceul de mort, la nuit les recouvre, les fait doucement disparaître et les emmène dans un endroit qu'eux seuls peuvent découvrir...
Au milieu de cette brume, issue d'une voix presque semblable à celle du disparu, un mot résonne...
" Frère... "
( Ceci est un cauchemar que Deklan fait souvent depuis sa tendre enfance. Il révèle une partie du Mystère Dark-Deklan que je garde profondément obscur depuis si longtemps... )
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